Sarah et Marc dans les locaux de l’ONF, route de Soufflenheim à Haguenau, inaugurés en 2024 pour réunir les différentes agences. Une quarantaine de personnes travaillent ici : les unités territoriales de Haguenau et de Hatten ; l’agence d’étude du Grand Est ; les services financiers régional, commercial Nord Alsace, bois, travaux ; la filiale Végétis qui s’occupe des parcs, jardins, arbres hors forêt. Les onze techniciens forestiers territoriaux de Haguenau sont souvent logés en maison forestière, et ne décident rien sur le terrain sans y réfléchir au bureau, sur plan et en équipe, soit un tiers de leur temps.

Le martelage—à l’époque avec un marteau, aujourd’hui une peinture colorée—est le cœur du métier de forestier. En août et septembre, ils font du repérage, le martelage d’octobre à juin, enfin ils supervisent la coupe de novembre à novembre suivant. Tous les mardis et jeudis, les forestiers désignent le devenir des arbres selon leur vitalité, s’ils ont une belle couronne de feuilles, des branches étendues. « Un arbre est beau d’un point de vue économique, explique Sasha, il est droit, son écorce est régulière, la grume haute, et d’un point de vue climatique : il a plus de feuilles, c’est-à-dire plus de photosynthèse, s’il est moins haut il doit pomper l’eau moins profondément… » Par exemple, un charme pousse plus vite qu’un chêne, donc on le retire pour éviter l’ombre ou le frottement. Sasha marque un arbre en rouge pour prévoir la coupe, qui a lieu tous les six à huit ans.

La forestière marque aussi un triangle couleur chamois. « C’est un arbre bio Natura 2000, une essence diversifiée comme un boulot au milieu de chênes ou un érable champêtre, il aura plus de résistance et de résilience lors du changement climatique. Ou alors il a une cavité, comme un trou de pic, ou permet de préserver un fossé ou un ruisseau ». L’arbre restera sur pied jusqu’à la fin de sa vie, mais s’il devient dangereux, il sera coupé et laissé au sol.

Après quelques kilomètres sur les chemins en voiture surélevées, mais toujours sur le triage de Sasha c’est-à-dire la zone de forêt qu’elle gère, un cours d’eau temporaire coulait à l’été 2025. La buse s’est bouchée, l’eau a débordé sur le chemin et les fossés. Elle vient d’être remplacée, « l’intérêt est pratique, pour que les routes des grumiers soient entretenues, et écologique. Avec les pluies d’automne, l’eau devrait revenir, c’est important de garder l’eau en forêt » détaille-t-elle. À propos du manque d’eau, Tristan Madeline, chef de projet Forêt d’exception, précise qu’il faudra « voir au printemps comment la forêt a vécu la canicule. C’est la répétition des chocs climatiques qui est problématique ».

Une zone de pins sylvestres et de pins de Haguenau (plus courbé, plus saumon) abrite la placette d’études scientifiques Renecofor. C’est la seule à Haguenau pour une centaine en France, elles ont été créées en 1992 pour trente ans mais continuent à cause des événements climatiques. Les dispositifs sont relevés toutes les semaines à des fins de mesures et analyses : trois gouttières qui récoltent l’eau sous les arbres, un captage de l’humidité à 4 m de profondeur, dix bacs de récolte de feuilles et aiguilles, un capteur de son pour une étude sur les oiseaux et les chiroptères, des recherches mycologiques, et 36 arbres numérotés et suivis par dendrométrie. « Leur diamètre grandit de 5-6 mm par an, mais on m’a signalé qu’ils n’ont pas poussé cet été, ils se sont mis en pause… » annonce Marc.

La coupe par les bûcherons a eu lieu en septembre, les grumiers ont un an pour chercher le bois. Marc, son compas forestier en main, évalue le cubage c’est-à-dire le volume de bois, vérifie les numéros des grumes pour la commercialisation, et leur étiquette de couleur selon leur qualité, rouge, blanc, oranges ou bleues. Il rappelle que l’ONF est « un établissement public, industriel et commercial, c’est le bois qui paie la forêt ». Selon lui,
« chaque forestier prend en main le travail du précédent pour obtenir du bois de qualité… C’est de la transmission, ça donne le vertige et c’est magique ».



