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Sandrine Kauffer-Binz, une journaliste étoilée

Elle est touche-à-tout et ça lui réussit bien. Rédactrice pour son site www.nouvellesgastronomiques.com et le magazine Good’Alsace, mais aussi directrice et même styliste du restaurant Julien Binz à Ammerschwihr, elle fait partie des 500 personnalités les plus influentes de la gastronomie en France. Le mot travailler pour elle ne sonne pas juste malgré ses 80 heures par semaine, car elle se lève le matin avec plaisir. Native de Strasbourg, elle confie à Maxi Flash son impatience avant la cérémonie des étoiles Michelin en mars 2023.

Vous avez fait des études universitaires d’histoire, qu’est-ce qui vous a fait bifurquer vers la gastronomie ?

Sandrine Kauffer-Binz : C’est la rencontre amoureuse avec Julien Binz. J’étais en fac d’histoire et lui était déjà cuisinier au Bürehiesel. Moi étudiante, je vivais par procuration cette vie-là, il travaillait tous les samedis-dimanches, à la Saint-Valentin, Nouvel An, Noël… Dans un premier temps, cette profession n’a pas contribué à mon bonheur ! Mais je l’ai vu s’épanouir, malgré toutes les heures et les contraintes. À un moment, j’ai été embauchée à la réception à l’Auberge de l’Ill : finalement, j’ai été embarquée dans cet univers-là pour financer mes études, je l’ai appréhendé de l’intérieur et j’ai toujours trouvé qu’il fallait beaucoup de courage et de passion pour supporter cette vie décalée. Et j’ai voulu mettre ce monde en lumière.

On aurait pu penser que vous aviez une grand-mère qui a réveillé votre goût pour les bons petits plats…

Non, c’est plus parti d’une vocation que du plaisir de manger ou cuisiner. Alors évidemment quand on est marié à un cuisinier, on sort souvent, on fait des tables, on acquiert un réseau produit, culture, histoire familiale, et ensuite j’ai toujours aimé écrire. De là, aucun calcul, ni stratégie, le blog est né et devait au départ parler d’un chef et de son restaurant, et puis, je me suis laissée porter par l’intérêt que ça suscitait. Et je suis encore là après 13 ans, c’est donc que ça me plaît beaucoup !

Sandrine Kauffer-Binz avec Guillaume Gomez, l’ambassadeur de la gastronomie. / ©Weiss

Vous avez commencé seule et maintenant, vous avez une salariée et des pigistes, des graphistes qui vous épaulent pour alimenter les réseaux et le site internet. Combien de followers avez-vous ?

Aujourd’hui, on doit être à 100 000. La lecture est gratuite, c’est très intéressant de savoir qu’il y a une communauté qui se passionne pour cet univers-là, mais il n’y a rien de surprenant quand on voit le succès des émissions télé culinaires. La cuisine est fédératrice, on envoie un peu de bonheur… Moi, ça me fait plaisir pour eux, quand je raconte l’histoire d’un restaurant ou d’un plat et qu’il y a beaucoup de vues, la personne voit qu’elle intéresse et que ce qu’elle fait est beau, elle reçoit des messages d’encouragements.

Rien à voir avec une influenceuse !

Non, ce n’est pas forcément ce que moi je fais qui est apprécié, c’est de qui je parle ! Les chefs passent tellement d’heures dans leur cuisine, et sortent si peu en salle, ils sont souvent si humbles et modestes qu’ils consacrent peu de temps à la communication. Ma compétence, c’est de mettre en avant celle des autres. J’ai une communauté par ricochet, et j’ai accès à des coulisses que je partage, pour vendre un petit peu du rêve.

Vous avez la reconnaissance du public, des institutions avec de nombreuses récompenses et vous faites également partie d’une dizaine de confréries. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?

C’est très gratifiant, cela prouve que mon travail a une utilité pour la région. Les confréries se réunissent, se fédèrent, créent du lien autour des professionnels. Pour moi c’est intéressant d’être membre, je suis intégrée et je peux assister à leurs assemblées. C’est ce qui me fait le plus plaisir aujourd’hui, c’est d’avoir la confiance de mes pairs. Je dis pairs, parce que je suis aussi restauratrice, ils savent que je vis les mêmes choses qu’eux au même moment. On peut parler cartes sur table, mon journal est bienveillant.

Sandrine Kauffer-Binz et Frédéric Bierry préparent la cérémonie des étoiles Michelin. / ©nouvellesgastronomiques

Et pour compléter le site internet, vous avez lancé la version magazine Good’Alsace en 2019.

Je voulais fêter les 10 ans du numérique et j’aime le papier, ce qu’il représente, il est archivé différemment dans l’histoire. J’ai édité des ouvrages et fait pas mal de thèses… J’aimais l’idée de faire un bel objet avec de belles photos. Il a eu un très bon accueil, puisqu’on est au 12e numéro.

Strasbourg organisera la cérémonie de remise des étoiles Michelin le 6 mars 2023, vous y serez bien évidemment…

Je serai journaliste en immersion. Je le fais tous les ans, mais j’espère le vivre de manière très différente sur notre territoire. Je vois toute l’énergie déployée, avec quel sérieux ! C’est la première fois qu’en France, on a un ambassadeur de la gastronomie, en la personne de Guillaume Gomez, l’ancien chef de l’Élysée, et on est la seule région de France qui a un ambassadeur régional avec Nicolas Stamm-Corby. L’Alsace est avant-gardiste et saisit les opportunités pour placer la gastronomie au cœur de sa stratégie d’attractivité, c’est une chance.

Quel est l’enjeu pour l’Alsace ?

Il y a un gros enjeu, touristique, économique et gastronomique indéniable. Avec la présence de tous ces grands chefs étoilés français et internationaux, on espère que le grand public sera passionné par ce qui se passe chez nous. Et l’autre cible, ce sont les jeunes, pour qu’ils rejoignent ce métier, car on est un peu en déficit de personnel. Les conditions de travail ne font plus rêver, mais si c’est une passion, ce n’est plus un travail…

Connaît-on déjà les contours de la cérémonie ?

Frédéric Bierry a réuni tous les partenaires annoncés le 14 septembre. Le Michelin est un événement dans un programme annuel que la CeA souhaite développer. C’est toute une série de premières qui auront lieu chez nous : la cérémonie est toujours très confidentielle, et là il y aura 2000 personnes, des chefs aux collégiens et aux apprentis, c’est du jamais vu dans toute l’histoire des cérémonies, on joue fort ! C’est la première fois qu’il y aura des chefs étrangers 2 et 3 étoiles Michelin… La photo de famille sera inédite avec la plus grande concentration d’étoilés !

 

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