Un air de Route 66 dans le 67

C’est sûr qu’elle ne passe pas inaperçue. Avant de la voir, vous l’entendez. Le « petit » 4,3L ronronne doucement, mais le double carburateur envoie quelques décibels dès qu’il s’agit d’accélérer un peu. La radio qui ne perçoit qu’en grandes ondes ne sert de toute façon pas à grand-chose, tant la plus belle des musiques, est là, avec le V8 sous le capot.

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Un vrai voyage dans le temps à bord de la Dodge de Christophe. ©SR

Christophe balade sa Dodge Charger 1968 depuis douze ans du côté de Reichstett. Depuis tout petit, le rêve américain lui met des étoiles dans les yeux : « J’ai toujours aimé mes Majorettes, je regardais Starsky & Hutch, Sheriff Fais-moi peur, et toutes ces séries américaines où la voiture était presque un personnage à part entière ». On égrène alors le catalogue. Après la Ford Gran Torino rouge et blanc des deux flics et la Dodge Charger des cousins Duke, on évoque ainsi la Pontiac Firebird dans K-2000, la Ford Mustang dans le film Bullit, le fourgon GMC de l’Agence tous risques ou pourquoi pas encore la DeLorean de Retour vers le Futur !

Et parmi toutes ces belles américaines, cette génération des années 1960-1970, « une époque où les voitures étaient encore dessinées à la main et pensées pour le plaisir de conduire avant tout », il est plutôt rare de croiser des Dodge, et encore plus des Charger. « Des Challenger, vous en trouvez », confirme Christophe, qui a écumé Leboncoin et autres sites plus spécialisés encore, « mais pas des Charger, et encore moins de 1968 ».

C’est pourtant bien sur le célèbre site de petites annonces qu’il trouve son bonheur.
« La photo était horrible », rigole aujourd’hui le propriétaire du véhicule. « Elle était à l’abandon, pleine de feuilles, on ne voyait pas les détails, si ce n’est qu’elle avait encore les plaques américaines. Elle était importée de l’Ohio. L’homme que j’ai contacté avait saisi une opportunité, mais il n’en avait jamais rien fait après, il n’avait même pas pris la carte grise française ! » Finalement, il lui enverra une vidéo d’une heure qui montrait la voiture dans les moindres détails, et la transaction sera faite à distance, en toute confiance entre les deux passionnés ! Le véhicule arrivera au milieu de la nuit, une scène un peu surréaliste dans le souvenir de Christophe.

« Pas facile de faire un créneau »

En conséquence, il devient donc le premier propriétaire français officiel de cette voiture qui a dû connaître plusieurs vies aux États-Unis. Avec ces 5m15 de long à piloter, « pas facile de faire un créneau ». Mais sur les petites routes du Bas-Rhin, tout va bien. La direction assistée rend la conduite souple, tandis que le pot alu « flow master » se charge de donner le ton.

Cette Dodge exceptionnelle, entièrement d’origine, restera dans la maison familiale. C’est une certitude. Impossible de se séparer d’un tel objet. Un véhicule qui fait partie du patrimoine automobile mondial. Et si à une époque, on pouvait aisément importer ces fameux « muscle cars » sans trop de souci, aujourd’hui, les autorités américaines ferment les vannes : « Ils ont conscience de perdre ce patrimoine. Ils essayent de le garder davantage sur leur territoire. » Pendant notre séance photo, deux hommes s’arrêtent et demandent aussi à immortaliser la voiture. Des têtes se tournent en passant. Il faut dire que la dégaine, couleur bordeaux, avec le numéro 22 floqué, attire forcément les regards. Pourquoi, d’ailleurs, cet habillage ?

Une allure qui interpelle forcément

« Déjà, le bordeaux, c’est sa couleur d’origine ! Ensuite, pendant le covid, j’ai un peu fait des recherches sur les Dodge de l’époque, et j’ai refait des autocollants que l’on voyait sur les courses de NASCAR de ces années-là. Je lui ai mis le numéro 22 comme sur les photos, avec les sponsors et tout. »

Ce modèle en particulier n’étant pas le plus musclé de la série, « il était en très bon état, il n’a pas été trop poussé », il y a peu de chances qu’il ait participé à une course. « Il n’y a pas d’agressivité », estime Christophe. « C’est très cool comme voiture. Bon, je pourrais faire un petit burn pour amuser la galerie, mais ça n’a aucun intérêt. Ça flingue les pneus et ça coûte cher. »

Sous ses airs bagarreurs, cette Dodge Charger est en fait la parfaite compagne pour une balade tranquille. Le moteur Chrysler équipait aussi des bateaux. Avec ses trois vitesses, c’est vrai qu’on prend vite un rythme de croisière, pour ne plus le lâcher.