Vosges du Nord – L’urgence de recréer une forêt primaire

Laisser grandir un espace forestier de 70 000 hectares, en libre évolution, pour accélérer la transition écologique dans le Grand Est, c’est le projet porté par le botaniste et biologiste français Francis Hallé. En 2019, il a créé une association qui porte son nom. Découverte à l’occasion de la journée mondiale des forêts.

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Une forêt primaire permettrait de stocker un maximum de carbone./ ©Pierre Chatagnon

Francis Hallé a vu tout au long de sa vie la nature souffrir face au réchauffement climatique. C’est en travaillant sur l’une des seules forêts primaires européennes, celle de Bialowieza en Pologne, qu’il prend conscience qu’elle est menacée. Il faudrait un autre lieu de ce type en Europe de l’Ouest : « On veut partir d’une surface forestière importante déjà existante, en zone tempérée et transfrontalière, ce qui correspond aux Vosges du Nord ou aux Ardennes. C’est un projet européen et public », indique Éric Fabre, cofondateur et secrétaire général de l’association.

Francis Hallé est l’initiateur de ce projet générationnel. / ©Pierre Chatagnon

L’objectif est de laisser à l’état sauvage un vaste système forestier sans l’exploiter, afin de favoriser la faune et la flore en créant une atmosphère humide propice à la nature :
« Les forêts qui vieillissent en libre évolution, c’est le meilleur puits à carbone possible. Cela permet une captation maximale du CO2 grâce aux gros troncs des arbres, une pureté de l’eau, une fertilisation des sols. Une forêt primaire, c’est le summum de la biodiversité ».

Sur le long terme, le lieu serait ouvert aux scientifiques./ ©Pierre Chatagnon

Un projet générationnel

Ce véritable laboratoire à ciel ouvert de la transition écologique demande du temps. Pour at-teindre l’état de forêt primaire, il faudrait environ huit siècles : « Sur le long terme, le lieu serait ouvert aux scientifiques pour des recherches expérimentales », poursuit Éric Fabre.

Plus de 4200 personnes sont membres de l’association Francis Hallé. / ©Pierre Chatagnon

Plus de 4200 personnes sont investies dans le programme de recherche de l’association Francis Hallé. De nombreux travaux, productions de données, séminaires avec des acteurs locaux et des experts sont en cours. Laisser pousser une forêt en la protégeant, grâce à une politique publique, permettrait de répondre à l’urgence climatique en décarbonant l’atmosphère : « Le projet englobe les activités sociales qui s’expriment à travers la forêt. Nous devons accélérer les politiques de transition écologique, c’est une urgence pour l’humanité », conclut Éric Fabre.

Laisser une forêt en libre évolution permettrait aux arbres d’atteindre des tailles méconnues. / ©Pierre Chatagnon

L’info en plus

Francis Hallé est à l’origine du radeau des cimes, des expéditions scientifiques et des recherches sur la canopée des forêts tropicales.

Matéo Bastian